Je gagne ma vie profonde en marchant. Je repère, je dérive, je trace. Il en résulte des longueurs, des périmètres, des retards ou des avancées flamboyantes. Je me promène et c'est ainsi que je me construis, en passant par la friche, le chantier et par l'affût à ciel ouvert. Si je perds la marche, je perds le sens. Des traversées ambulatoires viennent le rythme, le pouls, surgissent l'euphorie, la fureur. La danse donne voix aux souffles variés, aux pulsations du cœur, à la peau mouillée, aux pieds qui puisent, à la défonce... à la pause incongrue soudaine, à la tendresse du muscle après. Tout ce à quoi je m'expose pour me sentir bouger dans l'épaisseur. Petites notes hors série sur ma vie qui se déplace curieusement, celle des danseurs de fond comme des héros et celle de la compagnie qui n'arrête pas de bousculer la pierraille, de se dérouter vive pour reparaître dans l'extrême-ailleurs. Sans la promenade nous serions tous morts. Hors-Série dit notre état de santé cadencé, secousses et velours, ému.

Christiane Blaise (mai 2003)